Février 2026, et déjà des températures de printemps.
Sur le papier, c’est agréable. Sur le terrain, c’est un signal d’alerte. Comme le souligne l’agroclimatologue Serge Zaka, cette douceur accélère le développement végétal : les cultures “démarrent” plus tôt… et deviennent mécaniquement plus vulnérables au retour du froid.
Chaque année, le scénario se répète : un épisode chaud, puis une chute brutale. Et quelques nuits suffisent à mettre une récolte en danger. Dans un contexte où les aléas s’intensifient, protéger les stades sensibles devient un enjeu de survie économique.
C’est pour répondre à ce défi que des solutions d’adaptation comme l’agrivoltaïsme dynamique se développent : un pilotage fin de l’ombrage et du microclimat, pour aider la plante à traverser les épisodes extrêmes.
Ce paradoxe a un nom : le gel tardif. Il survient lorsque les températures chutent soudainement après une période douce, au moment où la plante est déjà engagée dans son cycle (débourrement, floraison).
À ces stades, la sensibilité est maximale, en particulier en arboriculture et en viticulture.
Comprendre le phénomène de gels tardifs
Les gels tardifs surviennent après un épisode chaud quand les températures chutent soudainement. A cette période printanière, les plantes bourgeonnent et fleurissent, une étape cruciale pour la formation des fruits et la production à venir, mais un stade phénologique où la plante est fragile et très exposée aux risques climatiques. Ce phénomène est particulièrement critique pour les arbres fruitiers (arboriculture) et les vignes (viticulture).
Une chute brusque de température à ce stade peut ainsi compromettre ou anéantir en quelques heures la production de fruits et les futurs rendements de toute une parcelle pour toute la saison, et entraîner des pertes économiques significatives pour les agriculteurs à l’échelle de l’exploitation.
Avec des records de températures particulièrement clémentes de plus récurrentes fin février mars, la végétation est nettement en avance.
Rappelons que :
- Un bourgeon fermé peut résister à des températures jusqu’à -15°C ou – 30°C
- Un bourgeon ouvert jusqu’à -7°c ou -8°C
- Quand la fleur apparait, elle a un seuil de tolérance pouvant aller vers -2°C
- Et avec le petit fruit, le seuil est de -0,5°C
Or, certains types de cultures tels que les abricotiers ou les cerisiers sont déjà au stade du petit fruit, nettement sensible au froid.
Nul doute qu’avec des prévisions annonçant, dans certaines régions, des températures négatives, les agriculteurs particulièrement traumatisés depuis l’épisode de « gelée noire » survenu en 2021, ont les yeux rivés sur les applications météorologiques.
Rappelons qu’en avril 2021, une grande partie du territoire français avait subi des pertes catastrophiques à la suite d’un épisode de gel particulièrement sévère. Certaines exploitations perdant 100% de leur récolte.
Malheureusement avec le réchauffement climatique, ce phénomène risque de devenir plus fréquent, modifiant ainsi le rythme des saisons. Les hivers deviennent plus courts et moins froids, tandis que les étés s'allongent et se réchauffent, réduisant ou décalant les périodes de transition comme le printemps et l'automne.
Face à ces défis climatiques, diverses solutions d’adaptation sont explorées pour atténuer les impacts des gels tardifs, telles que l’agrivoltaïsme dynamique.
L’agrivoltaïsme dynamique, un bouclier de taille contre le gel printanier
Agrivoltaïsme dynamique en quelques mots
Né il y a 15 ans d’un programme de recherches entre la société Sun’Agri et l’INRAE. L’agrivoltaïsme dynamique est une agro technologie reconnue et éprouvée en France et à l’international, plusieurs fois primée.
Le principe est simple : des panneaux solaires orientables placées à environ 5 mètres du sol et pilotées en temps réel par l’intelligence artificielle créent un effet parasol : ombrage quand cela est nécessaire (protection contre le gel, sécheresse), lumière lorsque la plante en a besoin pour sa photosynthèse et son bon fonctionnement physiologique.
Dans un contexte d’insécurité climatique, cette technologie permet aux agriculteurs de préserver et améliorer leur production agricole sans nécessiter d’investissements majeurs, grâce à l’énergie solaire générée qui autofinance le dispositif de pilotage.
Cette solution sert également de protection ponctuelle contre les intempéries telles que la grêle (avec des filets paragrêle intégrés à la structure), les orages, les pluies et les vents violents en atténuant leurs effets. L’agrivoltaïsme offre aussi une protection efficace contre les gels tardifs, en permettant une augmentation de température jusqu'à +2°C sous les panneaux, ce qui aide à prévenir le gel des fleurs, bourgeons et jeunes fruits.
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Les résultats observés après plus de 15 ans de recherche
Différentes études issues de rapport de suivi agronomiques 2020-2025 démontrent les résultats suivants :
• 2020 : entre +1,5 et +3°C d’écarts de température durant 7 nuits à Tresserre
• 2021 : + 32% fleurs de pommiers sauvegardées à Mallemort
• 2022 : -25% fleurs gelées Nectarine à Etoile-sur- Rhône, (8 à 9% sous les structures agrivoltaïques contre 33% sur la partie témoin)
• 2023 : + 2°C et 3 nuits de gelées nocturnes à Etoile-sur-Rhône pour les abricotiers cette année
• 2024 : + 2°C à la surface du sol observé sous dispositif agrivoltaïque à Tressere
• 2025 : Aucun dégât observé ç cause du gel sur la vigne tous sites confondus

Source : Livre Blanc – Sun Agri
Cette solution innovante est d’ailleurs plébiscitée par la Ministre déléguée auprès du ministre de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, Agnès Pannier-Runacher.
Interrogée au micro de Sud-Radio le 21/04/24 sur la possibilité d’une aide de l’état pour des aides à l’équipement en faveur des agriculteurs, arboriculteurs face à cette vague de froid, elle a répondu :
« Je crois qu’un des grands enjeux dans les années qui viennent c’est de permettre aux agriculteurs de s’adapter aux dérèglements climatiques. C’est-à-dire de pouvoir s’équiper aux nouvelles agressions que subissent leurs cultures. Nous apportons des soutiens aux agriculteurs pour s’équiper. Un exemple qui a l’air d’être très éloigné, l’agrivoltaïsme permet de gagner un ou deux degrés en situation de gel. Il permet de protéger les cultures contre la grêle, contre les pluies massives, il permet de gagner quelques degrés en moins lors de canicule. » , Agnès Pannier-Runacher
Conclusion
L'adoption de cette technologie pourrait être une stratégie clé pour les agriculteurs cherchant à minimiser les différents risques climatiques qu’ils subissent de saisons en saisons. Dans un contexte où ces phénomènes s’intensifient et se généralisent dans toutes les régions et filières agricoles, les politiques assurantielles évoluent et risquent de bientôt moins bien ou ne plus couvrir ces risques, mettant à mal la viabilité économique d’exploitations déjà fragilisées.
Face aux épisodes de gels tardifs, l'agrivoltaïsme est une solution parmi d’autres pour protéger les cultures. En sauvegardant et pérennisant les rendements agricoles sur plusieurs décennies, et face à divers aléas climatiques, l’agrivoltaisme est un outil de résilience globale et durable de l’exploitation agricole, qu’elle soit climatique, économique ou énergétique.
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Marie dupont
Vice-président chargé du développement économique à la communauté d'agglomération de Cambrai